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Le fond et la forme

 

La plupart de nos lecteurs connaîtront sans doute cette célèbre citation de Victor Hugo : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ».

La problématique apparemment désuète du fond et de la forme se pose encore et plus que jamais.

Car on fait souvent l’erreur de considérer d’abord l’une puis l’autre alors qu’elles doivent se considérer l’une et l’autre consubstantiellement mais aussi dans leur rapport de force. Dans le rapport qu’elles entretiennent, c’est en en valorisant une qu’on ressent le manque de l’autre.

Mais suivant l’aristotélisme assumé de notre époque, la forme est consacrée. Et ce qu’on croit être le fond n’est que l’ombre portée d’un objet sans valeur.

Il suffit pour cela de voir que la lecture d’une image ne va pas aujourd’hui plus loin que la première idée qu’on en a eu. Je montre un chien pour parler d’un chien, une voiture pour vendre une voiture. C’est une méthode qui convient parfaitement aux publicitaires. Le procédé ne serait pas regrettable si l’art en était exempté, mais tel n’est pas le cas, loin s’en faut.

On pourrait, rien que dans le milieu théâtral, citer pléthore de pièces dont on fait la gloire pour leurs seules qualités esthétiques. Et ceux qui répondraient que de nombreux sujets sont développés dans beaucoup de pièces, ou de films, ou d’images, m’offriraient l’occasion de définir ce que j’entends par  « fond ».

Le fond n’est pas le thème, ni même la façon dont il est traité. Le fond n’est pas non plus la thèse défendue par l’artiste. Le fond est justement l’endroit de l’œuvre qui n’a pas un sens intelligible. C’est le mouvement provoqué du néant, là où l’esprit ne peut pas voir, ni comprendre. C’est là où l’âme se glisse pour grandir dans l’infini espéré des poètes. C’est un domaine de silence où les mots ne sont rien. Il croît jusqu’à percer la matière des mots pour celui qui veut communier avec lui et l’embrasser. La forme n’est que le résultat bâtard de cet effort de l’invisible et du sensible exercé sur l’intelligible et le concret.

C’est lorsqu’on saisit la complexité de la tâche que l’on admire le génie des Maîtres. Car dans la réalisation de son œuvre, l’artiste doit être le réceptacle communiant deux existences qui se nient. Ici naît le symbole.

Tout au long de cette saison, la Compagnie tentera de faire tomber ici et là une pluie de symboles, qui seront pour vous et pour nous, nos blessures de jour, nos lueurs.

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