Château d’Allègre

Situé sur l’un des contreforts du Mont Bouquet, montagne mythique qui sert de refuge et de guide aux populations depuis le néolithique, le Castrum d’Allègre surveille l’intégralité du piémont cévenol. La vue s’y étend depuis les monts du Vivarais, au confins de l’Ardèche, au Pic St. Loup, au bord de la Méditerranée, en passant par le Mont Lozère et l’Aigoual, toute la Cévenne.
L’origine du site demeure inconnue. C’est un acte d’hommage rendu par les seigneurs de Ferreyroles à Bernard Pelet, seigneur d’Alès, qui est le premier texte connu attestant de l’occupation du lieu en 1163.
Le castrum d’Allègre s’écarte du plan traditionnel du château médiéval et s’apparente à un « village de chevaliers ». En effet, au XIème et XIIème siècle, le Languedoc était régi par des coutumes wisigothiques qui donnaient à la société médiévale de la région une avance considérable pour l’époque. Les droits héréditaires, en particulier, étaient égaux entre tous les membres d’une fratrie, ainés ou cadets, garçons ou filles.
Cette particularité est l’une des causes du phénomène d’émergence importante des co-seigneuries dans la région, chaque héritier construisant sa maison forte à proximité immédiate de celle des autres membres de cellule familiale.
Si la co-seigneurie est donc une chose courante sur les divers sites médiévaux du Languedoc, le castrum d’Allègre présente une caractéristique unique de par le nombre particulièrement élevé de ses co-propriétaires, les traces de pas moins de douze maisons fortes ont été identifiées.
Ce n’est que pendant la guerre de cent ans, pour lutter contre les bandes de routiers, que ces maisons fortes sont reliées entre-elles par des murailles pour former une forteresse. La chapelle, édifice originalement indépendant, sera intégrée à la muraille du porche d’entrée à cette occasion.
Avec le temps et les alliances, les intérêts divergents entre les divers co-seigneurs rendirent la situation invivable. Bientôt ceux-ci préférèrent s’installer dans de confortables demeures en divers endroits de la plaine, d’autant que les Tuchins ayant investi le site en 1383 le laissèrent fort dégradé. Ils n’en abandonneront pas pour autant les droits sur leur part de fief et se déclareront toujours seigneurs d’Allègre.
À l’abandon depuis plus de 500 ans, le castrum présente toujours d’imposants vestiges et particulièrement quelques édifices remarquables des XIIème / XIIIème siècle, d’une très belle qualité de construction, dont la ruine est surtout à mettre sur le compte du pillage des plus belles pierres au cours des ans. Un très beau témoignage de dix siècles d’histoire.

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